Le plaisir des jours, 1914
Prends garde
CE soir, l’amour tisonne en nous d’étranges flammes…Je sens que tu seras pour moi toutes les femmes,Avec tous les désirs, les pires, les meilleurs…Un rire de défi luit dans tes yeux railleursEt retrousse les coins frémissants de tes lèvres…Ce soir, l’amour tisonne en nous d’étranges fièvres…Ta main pose à mon front des gestes d’amitié,Mais sa caresse même a l’air d’une pitié.Prends garde !… S’il me plaît, ma force est la plus forte !…Tu supplierais en vain, tout à l’heure… Qu’importe !…Si ton rire, une fois, réveille dans mon cœurLa vieille cruauté dormante du vainqueur,Je ne saurai plus rien que l’ivresse et la joieDe saisir dans mes bras crispés la blanche proie,Et, sur tes yeux hagards et sur tes seins meurtris,Mon bonheur se fera plus ardent de tes cris.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources