Le plaisir des jours, 1914
Sous les Arbres
Comme nous sommes loin de la ville, où l’on traîneDes jours confus et dispersés !Que la lumière est douce et que l’ombre est sereineSous les arbres au vent bercés !
La tranquille maison qui nous unit en elleNous fait à tous, dès le matin,Une âme ingénument rieuse et fraternelle,Grave, un peu, quand le jour s’éteint.
On rêve, on cause, à la fois seuls et tous ensemble ;On lit sous les branches parfois,Et les reflets légers du feuillage qui trembleViennent jouer entre nos doigts.
Les espoirs de chacun, tour à tour, sont les nôtres ;Et, si l’un songe avec ennui,Vite il est consolé par la gaieté- des autresQui se resserre autour de lui.
Nous regardons l’enfant grandir, les roses naître,Les couleurs changer lentement ;Et notre âme s’enchante à goûter le bien-êtreDe notre calme isolement.
Nous ne savons plus rien de tout ce qui tourmenteLes hommes aux cœurs ennemis ;Nous vivons des jours purs, sans qu’une ombre y démenteLe bonheur qu’on s’était promis.
Autour de nous, en nous, tout nous est une joie,Une caresse de clarté ;Nous sommes frissonnants comme l’herbe qui ploieA tous les souffles de l’été…
Ah ! que vivre est plus doux sous les feuilles légères !Le cœur bat moins vite, et soudainOn se croit éternel, parmi ces passagèresQue sont les roses d’un jardin !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources