Le songe de l’amour, 1900
Apaisement
BIEN que mon cœur jaloux ne l’ait point délaissée,Moins de douleur persiste en mon deuil raffermi.Je puis encor la plaindre et rester son ami,Je sens ma vie, autour de moi, recommencée.
Je domine ma peine et j’y vois se flétrirTout ce qui l’adorait, tout ce qui la regrette ;Et je n’ai plus en moi la volonté secrèteQui me faisait aimer la douceur d’en mourir.
Mon âme, en la perdant, lui reste fraternelle ;Mais je n’attends plus rien, j’ai connu qu’en l’aimantJ’avais divinisé, peut-être, seulementTout l’égoïste espoir que j’avais mis en elle.
Et je n’ai même plus le goût de ressaisirCe trop fragile amour que moi seul faisais nôtre ;Toute meurtrie encor, pour en élire une autre,Un peu de ma tendresse erre en vague désir.
J’ai voulu ma douleur, rien d’amer n’en subsiste ;Je me retrouve seul avec plus de fierté.A tout ce qui n’est plus et qui n’a pas été,Silencieusement, je garde un adieu triste.
Mon rêve ardent s’attarde en un rêve endormeur.Parfois, mon cœur tressaille : un souvenir y tremble ;J’aime encor mon passé, quand nous sommes ensemble.Mais je regarde en moi son visage qui meurt.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources