Le songe de l’amour, 1900
Apparences
Elle vit loin de moi, résignée et docile,D’une vie étrangère où mon amour n’est rien,Indulgente aux devoirs, à tout ce qui m’exile ;Car son cœur est plus doux aux choses que le mien.
Trop d’espoirs l’ont déçue ! Elle est meurtrie et frêle,Elle a souvent au front de furtives pâleurs.Mais elle ne veut pas que l’on souffre pour elle.De peur qu’on les essuie elle cache ses pleurs.
Prête à monter du cœur, c’est souvent une larmeQui donne à ses yeux purs leur éclat plus luisant ;Mais elle rit ; sa voix est jeune, avec un charmeDe gaîté qui fait croire à du bonheur présent.
Elle dit simplement les mots de tout le monde ;On l’ignore autour d’elle, et pas un n’a surprisTout ce qu’elle dérobe en son âme profondeDe pudeurs en révolte et de grave mépris.
On ne soupçonne rien, tant sa plainte est secrète,Tant sa douleur intime est prompte à se fermer ;Mais je sais que parfois elle doute et regrette,Et pense à mon amour qui saurait bien l’aimer.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources