Le songe de l’amour, 1900
Le Soir
Vous m’avez dit hier votre âme irrésolue,Vos chagrins, votre rêve au fond de vous captif ;Car vous êtes un peu celle que j’ai voulue :Votre amitié prudente est un amour craintif.
Parfois, à l’heure vague où le sommeil est procheEt vous berce, effleurant vos yeux lassés du jour.Mon souvenir confus s’en vient comme un reprocheVous visiter dans l’ombre et vous parler d’amour.
Malgré vous, ma tendresse en votre âme s’éplore :Les aveux, les espoirs dont vous avez souri,Tout cela malgré vous tressaille et veut écloreAu fond de votre cœur qui s’était cru flétri.
Tout ce qu’il vous a plu de vouloir méconnaître,Tout ce que j’ai souffert, tout ce que j’ai pleuré,Tout mon désir lointain ressuscite et pénètreVotre corps, malgré vous, heureux d’être adoré.
Je suis là : mon regard vous trouble et vous supplie.Et mes baisers du jour brûlent à votre main.Vous vous endormirez encor toute pâlie…Et je sais que vos yeux m’en puniront demain.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources