Le songe de l’amour, 1900
Approche
Tu dois venir ; j’attends ; je sais que tu viendras.Peut-être malgré toi, les yeux pleins d’un reproche ;Et tout mon corps troublé frémit de ton approche,Et ta forme adorable est déjà dans mes bras.
lu viendras triste et grave, encor tout inquiète,Pour me garder cette heure ayant beaucoup menti ;Et tu me souriras d’un sourire amorti,Sûre que, malgré tout, mon désir te souhaite.
Tu laisseras pensivement glisser ton frontSur mon épaule, avec un grand besoin d’entendre,Même sans amour vrai, quelque chose de tendre.Tu me diras des mots qui te consoleront.
Tu te feras légère autour de mon silence,Comme si tes baisers craignaient de me meurtrir,Lointaine en ton regard, pour ne pas découvrirCe que tes yeux noyés cachent de violence.
Je t’aurai là, soumise à ton désir peureux,Frémissante, anxieuse, et pourtant contenue,Sous ma main qui t’effleure éprise d’être nue…Et je m’étonnerai de n’être pas heureux.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources