Le songe de l’amour, 1900
Choses éparses
LA chambre se souvient comme une abandonnée,Plus triste chaque jour de tes brusques départs.Le soir, un peu de toi reste aux meubles épars :Nos deux fauteuils sont là, près de la cheminée.
Sur ma table un bouquet demeuré par oubliÉvoque en moi tout le parfum de ta venue,Et, depuis notre adieu, fidèle, continueD’exhaler humblement son arôme affaibli.
Des livres, çà et là, pour les heures d’attente.Sont ouverts sur des mots que j’ai souvent relus.En mon chagrin distrait, je ne reconnais plusCes amis d’autrefois dont plus rien ne me tente.
Ce soir, tout me révèle un regret plus aimant :Les rideaux que toi-même as fermés tout à l’heurePour que notre tendresse, obscure, en fût meilleure,Me font mieux ressentir tout mon isolement.
Ici, près de la porte où je t’avais suivie,J’ai possédé longtemps ton visage anxieux ;Nous nous sommes aimés des lèvres et des yeux :J’ai voulu qu’un désir t’accompagne en ta vie.
Et, pour être moins seul je pense à tout cela,Aux chers baisers qui font plus pâle ton sourire ;Je prépare des mots que je n’ai pas su dire.Et que je trouve en moi dès que tu n’es plus là.
Ma main, qui tremble encor de t’avoir caressée,Parfois sent vivre en elle un contour frissonnant ;Et dans le grand lit vide et glacé maintenantLa forme de ton corps est à peine effacée.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources