Le songe de l’amour, 1900
Bonheur fragile
DEMEURE, berce encor mon front sur tes genoux.ru vois, je souris presque, et ma douleur s’est tue,Et mon silence est plein de toi. Je m’habitueA. t’aimer doucement d’avoir les yeux si doux.
Fais que je sois heureux de notre amour, sans mêmedue je m’en aperçoive et que j’en dise rien.Mon cœur est mal guéri : nous n’avons que le tien ;C’est par lui que nous nous aimons et que je t’aime.
Sois indulgente. Il faut ne jamais oublier,Quand on a trop souffert, comme tout s’exagère.Et qu’il n’est plus en nous de tristesse légère,Et comme le chagrin nous reste familier.
Laisse, que mon espoir, lentement, se rassure,Que mon âme inquiète ose encor s’entr’ouvrir.Je t’aime de m’aimer. Je ne veux plus souffrir.Hélas ! je n’aurais plus l’orgueil d’une blessure.
Fais-moi le prisonnier d’un crédule bonheur.Qui, de ton rêve au mien, chaque jour s’insinue,Et qui, d’une langueur discrète et continue.Aujourd’hui plus qu’hier entre un peu dans mon cœur.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources