Le songe de l’amour, 1900
Après
TES yeux tristes et doux qui m’ont tant pardonné,Je ne les verrai plus se pencher sur ma vie.Ta lèvre a délaissé ma lèvre inassouvie,Et ton cœur s’est repris comme il s’était donné.
Tu m’as dit : « A quoi bon ? » si lointaine et si tendreQue ma main, sans révolte, a quitté tes genoux.J’ai longtemps regardé la chambre : autour de nous,Le silence était grave et semblait nous entendre.
Les meubles familiers, comme d’anciens amis,Tristement se cachaient de nous dans les coins d’ombre ;Par delà les rideaux je sentais la nuit sombre ;Pour le repas du soir le couvert était mis.
Sur la table attendaient des pages commencées,Humble et fragile espoir de rêves en chemin…Je ne me souviens pas de t’avoir pris la main.J’ai quitté tout cela, sans pleurs et sans pensées.
Je n’espère plus rien. Je vais morne, et j’attends,Découragé d’amour, vaincu de lassitude.Au long des jours déçus traînant ma solitude.Je sens bien qu’en mon cœur tu vas mourir longtemps.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources