Le songe de l’amour, 1900
Fin de Jour
NOUS avons rapproché nos mains indifférentesDans une fin de jour de l’arrière-saison.Le suprême parfum des verdures mourantesPar la fenêtre ouverte entrait dans la maison.
Ses yeux et son sourire accueillaient ma venue,Et je me caressais de ses gestes amis.Pâle encore d’avoir effleuré sa main nue,Je lui vouai tout bas mon cœur tendre et soumis.
Des vols d’oiseaux fuyaient au ciel gris de novembre,Et le passé fuyait en moi… Comme des fleurs,L’automne avait fané les miroirs de la chambre,Où s’effaçaient au loin les choses sans couleurs.
Elle était devant moi dans sa robe légèreEn qui tout l’été bleu semblait survivre encor.Et la nuit vint, troublante ainsi qu’une étrangère,Autour de nous, furtive, éteindre le décor.
La maison se taisait, grave et comme lointaine,Des arbres désolés s’effeuillaient dans la cour,Et nos tremblantes voix se répondaient à peine…Car nous étions tous deux tristes d’un autre amour.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources