Le songe de l’amour, 1900
Tout bas
NE parlons plus d’amour, mais parlons-nous tout basDans le soir parfumé des roses que tu portes.Nous irons lentement parmi les feuilles mortesQu’un vent mystérieux fait lever sous nos pas.
Le front sur mon épaule, endors la vigilanceDe ton âme jalouse et de ton corps fiévreux.Prends ton visage triste, à peine douloureux.Ton sourire immobile où rêve du silence.
L’amour s’apaise en nous sous le ciel plus léger.Voici l’heure d’oubli. Je regarde et j’écouteLe bruit d’un pas lointain s’en aller sur la route,L’ombre des grands bois sourds jusqu’à nous s’allonger.
Tu sais trop que je t’aime. A quoi bon te le dire ?Pensons bien l’un à l’autre ainsi qu’à deux absents.Il faut me pardonner mes rêves impuissants :Ma jeunesse n’a pas la force de sourire.
Laissons tous deux, vois-tu, nos âmes se pleurer,Dans le frisson craintif dont le soir nous pénètre,Songeant qu’il est plus doux et qu’il est bon peut-êtreDe marcher côte à côte et de nous ignorer.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources