Le songe de l’amour, 1900
Attente
J’ai parfois cet espoir en qui j’ai cru longtempsQu’un soir ayant songé comme je suis loin d’elle,L’âme et le corps troublés, de mon amour fidèle.Elle viendra vers moi qui souffre et qui l’attends.
Il serait tard : le feu mourrait en cendre grise ;La chambre serait pleine encor d’une tiédeur ;J’aurais connu de loin son pas et son odeur :J’attendrais sans y croire et pourtant sans surprise.
Elle entrerait, d’avance ayant tout accepté,Résignée et docile où mon amour l’entraîne ;Elle aurait dans les yeux la tendresse sereineQui se donne humblement comme une charité.
Elle ne dirait rien. Sur mon épaule heureuseElle viendrait poser son front las du chemin.Sa main d’enfant craintif tremblerait dans ma main ;Elle me sourirait de se sentir peureuse.
Je lui parlerais d’elle avec des mots très doux,Et puis de mon attente et de ma solitude ;Mon désir consolé fondrait en gratitude,Et la lampe serait paisible autour de nous.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources