Le songe de l’amour, 1900
Pressentiments
JE vous sens triste au loin. Il est tard et je pleureDans le silence de la chambre et de la nuit.Ma tendresse est coupable et se rêvait meilleure ;Je sens que mon chagrin s’ajoute à votre ennui.
J’ai trop d’amour encore, avec trop de faiblesse,Et vos yeux clairvoyants savent trop découvrirTout ce qui m’importune, et m’afflige, et me blesse.Pour que votre pitié n’en doive pas souffrir.
Pourquoi ne suis-je pas l’ami que rien n’altère,Celui dont votre cœur avait l’obscur besoin.Assez bon pour comprendre, assez fort pour se taire.Il est tard, et je pleure, et vous sens triste au loin.
Et votre mal s’augmente, au lieu qu’il s’atténue.J’ai voulu vous cacher mon deuil ; mais, je le sens,Ce soir, toute ma peine en vous se continue :Pour moi vos yeux lointains ne sont jamais absents.
Je sais trop, sans les voir, quel chagrin s’y prolonge.Et, chaque lendemain, je suis sûr d’y trouverL’ombre de la détresse ou le reflet du songeQue j’avais pressentis en croyant les rêver.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources