Le songe de l’amour, 1900
Auprès de toi
JE t’aime d’être douce et triste, et d’avoir misDans notre intimité discrèteL’illusion du rêve et du bonheur permis,D’avoir été la sœur qu’à vingt ans on regrette.
Je t’aime d’être bonne et simple en tes bienfaits,Et de mêler aux moindres choses,A tout ce que je pense, à tout ce que je fais,Un parfum de jeunesse et d’invisibles roses.
La nuit d’inquiétude où s’égaraient mes pasAutour de la maison perdueÉtait pleine de gens qui ne répondaient pas :Les mains que j’espérais fuyaient ma main tendue.
Et je cherchais ma route aux sentiers des forêts,La grande route de mon âme :Je me suis ignoré tant que je t’ignorais,O toi qui fus l’étoile avant d’être la flamme !
Je ne m’écarte plus du foyer qui m’a lui,De la tendresse qui m’effleure ;Je suis comme l’enfant qui cherche autour de luiSur le bord du chemin l’ombre de la demeure.
Va, la chanson des fous qui monte du pavé,Mon regret ne l’a point suivie !Et c’est pourquoi je t’aime, ô toi qui m’as sauvéD’éparpiller mon rêve et de perdre ma vie.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources