Le songe de l’amour, 1900
Retour le Soir
JE t’apporte à guérir mon cœur blessé du jour ;Et mes yeux, fatigués des hommes et des choses,Avant de s’endormir sous les paupières closes.Ont besoin de douceur, de pénombre et d’amour.
Fais que J’oublie un peu toutes mes lassitudes ;Pose à mon front tes doigts légers ; console-moiD’avoir pu tout un jour vivre si loin de toi ;Fais que j’oublie un peu toutes les servitudes.
Raconte-moi, tout bas, ton âme d’aujourd’hui,Pour que mon pauvre amour doucement s’en pénètre,Ta tristesse accoudée au bord de la fenêtre,Et ce que tu souffrais de silence et d’ennui.
Oh ! parle ! — Et pour demain tu trouveras encoreDans l’immense pitié dont mes regards sont pleinsLa force de m’aimer autant que je te plains,La douceur de me plaindre autant que je t’adore.
Notre exil ennoblit ta pensive beauté.Va, ne regrette pas ta vie ingrate et sombre,Toi qui pouvais sourire, et qui subis dans l’ombreL’amour, comme un devoir librement accepté !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources