Le songe de l’amour, 1900
Peine attardée
NE me dis pas de mots trop graves. Reste ainsi,Tendre, à peine présente et légère à mon âme.Notre amour est encor fragile. Ne réclameEn mes yeux incertains qu’un deuil plus adouci.
Entre nous, malgré moi, trop de regret s’attarde ;Mon cœur, faible à jamais, sait mal te protéger.Si ton charme parfois me devient étranger,Ne me reproche rien, n’exige rien. Prends garde.
Ma main distraite glisse au long de tes cheveux ;Par endroits, par instants, noirs un reflet les dore.Ton visage a souvent des choses que j’adore.Je t’aimerai peut-être un jour comme tu veux.
Mais ne me force pas encore à te le dire.Les mots éveilleraient en moi tout le passé,Et je ne serais plus qu’un pauvre délaissé,Seul malgré ta présence et malgré ton sourire.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources