Le songe de l’amour, 1900
Confiance
LUI-MÊME, il a pris soin de me dire souventComme elle est douce et comme il lui fut décevant ;Il sait notre amitié prudente et fraternelle,Et l’accepte, et l’approuve, et se confie en elle.
Bien qu’elle ait des pudeurs d’amante, elle n’est pasChercheuse de mystère ou guetteuse de pas ;Elle se plaît, sans en avoir l’inquiétude.Au bien-être de l’ombre et de la solitude.
Il aime à nous surprendre aux lentes fins de jour,L’accueillant d’un regard tranquille, et, sans détour,Purs d’arrière-désir et d’arrière-pensée,Continuant pour lui la phrase commencée.
Il nous devine tels que nous sommes, tous deuxPrécocement guéris des rêves hasardeux,Dès longtemps résignés quand nous nous rencontrâmes.Tendres, mais pour toujours ayant donné nos âmes.
Il sent bien qu’entre nous, à toute heure, il est là,Qu’une grande pitié seule nous rassembla,Pitié de nous, pitié de lui, robuste et vraie,Dont nos cœurs ont gardé le bon grain sans l’ivraie.
Et bien souvent lui-même, aux heures d’abandon,Avec des repentirs honteux de leur pardon.M’a fait le confident, parfois involontaire.D’une faute de lui qu’elle avait su me taire.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources