Le songe de l’amour, 1900
Douceur d’aimer
Vous m’avez fait une âme attendrie et légèreQui de nouveau s’entr’ouvre au lieu de se fermer,Une âme rajeunie en qui tout s’exagère,L’étonnement de vivre et la douceur d’aimer.
Frissonnante et crédule aux bonheurs qu’elle apporte,Avec sa candeur fière et son ancien émoi.Quand je me résignais déjà, la croyant morte.C’est mon âme d’enfant qui ressuscite en moi.
Elle est comme une fleur surprise d’être éclose ;Tout la fait tressaillir d’espoirs irrésolus ;Elle tremble, elle hésite, et cependant elle oseDes mots lointains et bons qu’elle ne savait plus.
Elle ose être elle enfin, sans peur qu’on la repousse,Confiante en vos yeux rêveurs et presque aimants.Elle vous appartient. Prenez en pitié douceLe délice inquiet de ses enchantements.
Toute fiévreuse encor de douleurs mal éteintes,Il faut lui pardonner ses doutes puérils,Vous dire qu’elle est faible et fragile aux atteintes,Craintive, — ayant souffert, — mais d’anciens périls.
Pour oublier sa peine avec sa défiance,C’est assez qu’elle puisse être à vous, même en vain :Il tient tant de bonheur dans l’insignifianceD’un sourire ou d’un mot que l’espoir fait divin !
Et du moins si mon rêve à jamais reste vague.Sachez qu’il était vôtre et que je vous le dois,Pour que mon souvenir vous soit comme une bagueQui luit parfois, le soir, furtive, entre vos doigts.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources