Le songe de l’amour, 1900
Mains nues
Vous aviez retiré vos bagues une à une,Avec des gestes ingénus ;Et vos doigts s’effilaient plus frêles d’être nus,Comme libres enfin d’une chaîne importune.
Vous aviez ce regard immobile et profondEn qui les choses restent vagues ;Mes yeux tristes erraient de vos doigts à vos bagues,L’ombre d’un grand feu clair vacillait au plafond.
Bien qu’ayant un secret désir d’être épargnée,Docile aux suprêmes aveux.Vous incliniez la tête au poids de vos cheveux,Et je vous devinais craintive et résignée.
Je me suis rapproché dans l’ombre, lentement ;Vous étiez seule et sans défense ;Vous aviez cet air tendre et las que rien n’offense…Je n’ai pas dit le mot qui m’eût fait votre amant.
Les anneaux d’or, épars, laissaient leur dure empreinteA vos doigts qu’ils avaient meurtris.Silencieusement, vous les avez repris…Un peu d’amitié veille en nous. Soyez sans crainte.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources