Le songe de l’amour, 1900
De Jour en Jour
Vous m’avez dit : « Partez demain.Il faut que votre amour m’évite,Mais ne m’oubliez pas trop vite. »Et vous m’avez tendu la main.
Tout votre corps tremblait en elle :Je la sentais, entre mes doigts.Ardente et peureuse à la fois,Battre et frissonner comme une aile.
Mes yeux ont rencontré vos yeuxBrûlés de larmes contenues ;Nos âmes se sont mieux connuesDans ce long regard anxieux.
Nous sommes restés sans rien dire,Tous deux, face à face, longtempsImmobiles et haletants…Puis j’ai tâché de vous sourire.
Et vous, rassurée à demi,En cette minute suprême,Vous m’avez attiré vous-mêmeAuprès de vous, d’un geste ami.
Et ce fut entre nous le tendre,Le calme adieu de chaque soir…Demain je reviendrai m’asseoirChez vous, dans l’ombre, et vous attendre.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources