Le songe de l’amour, 1900
Renoncement
J’ai trop pleuré sur moi, j’accepte et me résigne.Mon cœur plein de vos deuils veut ignorer les siens.Ne m’interrogez pas ; faites que je sois digneD’être encor votre ami, comme aux jours anciens.
Du moins je vous écoute et je puis vous entendre ;Je devine en vos yeux les pleurs qui vont couler.En vain pour les tarir je me ferais plus tendre,Je ne sais que vous plaindre et non vous consoler.
Le mal n’est pas de ceux qu’un autre amour allège ;J’ai méconnu votre âme en croyant la guérir ;Mon désir fut coupable et serait sacrilège ;Il ne faut plus savoir que j’osais vous chérir.
Laissez-moi, pour moi seul, vous consacrer ma vie.Que je puisse humblement vous l’offrir chaque jour ;Mais que votre pitié ne soit point asservieAu stérile regret d’écouter mon amour.
Ne pensez qu’à vous seule : oubliez ma souffrance.C’est par vous, c’est pour vous que mon cœur d’homme est né.Je vous l’ai gardé pur, même d’une espérance,Et tel qu’à votre insu vous me l’aviez donné.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources