Le songe de l’amour, 1900
Dernier Aveu
J’attendrai qu’elle soit très vieille et qu’elle y croie,Et qu’elle ait eu le temps d’oublier mon amourEt qu’elle sente, avec la fin de chaque jour,Dans son cœur, à jamais, s’éteindre un peu de joie.
Elle aura tout vécu de sa vie, et pourtantElle s’étonnera parfois d’un rêve encore :Fleur d’automne attardée et qui voudrait éclore,Désir d’être moins seule en elle par instant.
Alors, je reviendrai : je prendrai dans la mienneSa petite main pâle au contour envieilli.Je resterai longtemps muet et recueilli,Jusqu’à ce qu’elle tremble et qu’elle se souvienne.
Et des mots oubliés, silencieusement,Comme si le passé n’était que de la veille.De leur ferveur lointaine empliront son oreille ;Elle sera l’amie et je serai l’amant.
Elle retrouvera ma tendresse asservie.Comme autrefois, au moindre geste de sa main ;Je lui raconterai tout mon triste chemin.Toute la solitude errante de ma vie.
Mon amour n’aura plus les révoltes qu’il a ;Et peut-être, et sans doute elle saura comprendreQue j’ai toujours gardé mon rêve obscur et tendre,Et que j’ai lentement vécu pour ce jour-là.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources