Le songe de l’amour, 1900
Désirs secrets
JE sens parfois en vous comme une âme inconnue,Au secret de vous-même ardemment contenue,Qui voudrait se cacher de moi jalousement,Une âme à rendre heureuse avec des mots d’amant,Frissonnante, éperdue, et, d’avance, asservie,Peut-être malgré vous, mais pour toute la vie,A qui viendrait, par force, un jour la délivrer,Une âme infatigable et prompte à s’enivrer— A l’heure où le désir tressaille aux mains en fièvres —Du bien que font au cœur les lèvres sur les lèvres…Mais, depuis si longtemps, je suis trop votre ami,l’aime trop le chagrin par moi-même endormiEn votre âme — la vraie — anxieuse et meurtrie :Vous ne vous sentez pas le droit d’être guérie.Et je ne me sens pas le droit de vous aimer…Mous nous taisons, laissant nos cœurs se refermer.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources