Le songe de l’amour, 1900
Présence
Four isoler en moi cette heure unique et brèveDont le charme était fait d’espérance et d’oubli,J’ai vécu doucement tout un long jour de rêve :Mon corps s’en est bercé, mon cœur s’en est empli.
Et voici que la nuit, maintenant, est venue.Pour la première fois, je songe, en vous aimant,Que votre main d’hier brûle encor ma main nue,Qu’elle tremblait dans l’ombre et se donnait vraiment.
Autour de moi, la chambre est comme une étrangère ;Je me souviens, j’attends, ma pensée est ailleurs ;Je me sens respirer d’une âme plus légère,Je regarde ma vie avec des yeux meilleurs.
J’accepte l’avenir d’un cœur sans amertume,Et, comme rajeuni d’un bonheur inconnu,Je vous ai plus présente en moi que de coutume,Depuis qu’un peu de vous m’a presque appartenu.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources