Le songe de l’amour, 1900
Fleurs
Il traîne autour de nous des livres et des fleurs ;Ton caprice éparpille au bord des étagèresAvec un soin discret les grâces passagèresEt la fragilité vivante des couleurs.
Qu’importe si les fleurs sont trop vite pâlies !J’aime la mort dolente et douce des parfums :Dans l’ombre, aussi, notre âme aux pétales défuntsEffeuille le bouquet de ses mélancolies.
Je sais qu’avec le jour elles vont refleurir :L’eau fraîche du matin dont ta main les abreuveD’une rose d’hier fait une rose neuve,Et notre âme fanée est prête à se rouvrir.
Nous cacherons ensemble aux pages d’un vieux livreLes pauvres fleurs qui seront mortes sans espoir, ,Pour qu’en les retrouvant peut-être, quelque soir,Pensivement, je te regarde leur survivre.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources