Le songe de l’amour, 1900
Quiétude
NOTRE bonheur est fait de choses dédaignées :Le coin du feu, la lampe intime sur nos fronts…Nous avons endormi le mal dont nous souffronsDans la langueur de nos tristesses résignées.
Nous vivons doucement des jours silencieuxEt nous sommes heureux de leur monotonie ;Tous nos rêves sont morts d’une lente agonie,Sans émouvoir la transparence de tes yeux.
Par peur d’effaroucher ma tendresse un peu rude,Dans le bien-être et le silence familier.Tes bras mystérieux ne sont pas un collier.Et notre vie à deux reste une solitude.
Les soirs graves où j’ai besoin de t’ignorerTa présence discrète humblement s’indécise ;Mais tu sais deviner la minute préciseOù mes yeux en détresse allaient te désirer.
Mon âme est sans regret comme elle est sans envie,Et mon orgueil s’incline au joug inaperçu :Si tu m’as enchaîné, tu ne m’as pas déçuEn me faisant passer du rêve dans la vie.
Avec tes doigts de sœur, fins et minutieux,Ta tendresse paisible est ma seule gardienne ;Et je t’aime pour la douceur quotidienneDe ton baiser, de ton sourire et de tes yeux.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources