Le songe de l’amour, 1900
La Neige au loin
C’EST L’HIVER : mais la chambre est tiède autour de nousJe regarde mourir un pâle chrysanthème.Je suis triste. Je me demande si je t’aime.Ma main, dans l’ombre, hésite au bord de tes genoux.
Je songe que la nuit, doucement, est venue ;Pourtant le jour encor semble s’y prolonger,Comme se survivant en un reflet légerDe lointaines blancheurs où l’ombre s’atténue.
Le ciel, depuis hier, s’émiette en flocons lents.J’ai ce vague besoin qu’à mon front tu te penches :Afin qu’il me soit doux comme la neige aux branches.Pose ton baiser frêle à mes yeux nonchalants.
Profitons bien des soirs intimes de décembre.Mon désir est trop las pour se mettre en chemin ;Ma main sur tes genoux n’espère que ta main,Et mes rêves frileux ne quittent plus la chambre.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources