Le songe de l’amour, 1900
Lointaine
Vous êtes loin parmi des villes que j’ignore.Le même coin de ciel ne nous abrite plus.Partout où j’ai traîné mes pas irrésolus,Je sentais mon amour plus impossible encore.
Malgré moi l’espoir veille ; il a toujours raison ;Et mon cœur douloureux n’en est que plus avide.Aujourd’hui comme hier, je sais bien qu’elle est vide ;Mais j’ai voulu passer devant votre maison.
L’heure était sombre ; à peine aux fenêtres éteintesLa blancheur des rideaux gardait un peu de jour ;Car la lampe fidèle attend votre retourPour épandre aux murs noirs ses pâles demi-teintes.
Et j’évoquais là-haut, d’un rêve familier,Tout le peu que je sais de votre solitude :La chambre où votre ennui s’endort de quiétude.Les livres qui vous font doucement m’oublier.
Je me suis rappelé la place coutumièreDes meubles effacés dans l’ombre, le miroirQui nous a reflétés si proches, tout un soir ;J’ai songé qu’ils étaient sans vie et sans lumière.
Tout ce décor léger dont vos doigts n’ont plus soin.Je l’ai deviné triste et pareil à mon âme.Et j’ai souffert pour lui, sachant qu’il vous réclame.Obscur, découragé, muet… Vous êtes loin.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources