Le songe de l’amour, 1900
Malgré vous
J’ai toujours cru d’un tel espoirAux choses douces de la vie,A l’indulgence poursuivie,Au pur bonheur qu’on sait vouloir,
Je vous aimais d’une âme telle,J’avais rêvé, d’un tel désir,Vous consoler e ». vous choisirPour une tendresse immortelle,
Près de vous Je m’étais promisD’être toujours si loin des autresQue mes chagrins et que les vôtresAuraient fait nos cœurs plus qu’amis.
Je me disais : « Sa vie est triste,Sans chaleur vraie et sans clarté,Et peut-être elle a souhaitéQu’un autre vienne et que j’existe.
« Trop de choses ont trop déçuLe rêve ancien qui l’abandonne ;Elle fut trop celle qui donnePour n’avoir pas un peu reçu.
« Ses yeux, beaux de leur meurtrissure.Sont toujours mornes d’un départ.L’avenir lui doit bien sa partDe caresse adorante et sûre.
« Il faut, avant de s’en aller.Qu’à son tour, d’un cœur volontaire,Elle ait pu vraiment sur la terreFaire souffrir et consoler. »
Et j’ai voué ma solitudeA vous attendre uniquement,A mettre en votre isolementCe que je puis de certitude.
Si le bonheur n’est pas venu,Du moins à moi seul qui vous aime,Vous m’aurez dû, malgré vous-même.L’orgueil de l’avoir méconnu.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources