Le songe de l’amour, 1900
Oubli
RÉFUGIE en mes bras ta chère lassitude.Ne me dis rien ; ne pense à rien ; mais, si tu veux,Je te regarderai dormir dans tes cheveux,Et je serai moins seul avec ma solitude.
Ne me dis rien ; ne pense à rien ; car ton baiserM’a donné tous les mots qui tremblaient sur tes lèvresLaisse en un tiède oubli languir toutes nos fièvres ;J’écouterai ton cœur, près du mien, s’apaiser.
De nos corps moins unis dont l’étreinte est plus douceLe désir attardé s’éloigne lentement ;Et je suis là, bercé d’un bonheur presque aimant,Qui fait mourir en moi tout ce qui te repousse.
Ne m’interroge pas ; j’aurais peur qu’entre nousLe seul aveu des mots vînt dissiper le charme ;Je sens qu’au fond des yeux j’ai peut-être une larme. . .Réfugie en mes bras ton pauvre corps jaloux !
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources