Le songe de l’amour, 1900
Vieil Air
LA chambre est déserte : le feuVa s’éteindre presque sans flamme,Lentement, comme un cœur de femmeBrûlé d’un inutile aveu.
Je suis triste en moi ; je frissonne.Celle qui ne doit plus venirM’a dépeuplé tout l’avenir.Mon amour n’aime plus personne.
Sous ma fenêtre, seulement,De sa musique endolorieUn pauvre orgue de BarbarieVient bercer mon délaissement.
Il joue un air, toujours le même,Un air d’autrefois, de très loin,Dont les mots disaient le besoinObscur d’être aimé quand on aime.
Il l’a chantonné tant de fois.Cet air-là, sous tant de croisées,Qu’au long des cadences briséesDes notes manquent par endroits.
Et toute la mélancolieVaine d’un amour ancien,D’un espoir las, comme le mien,Qui ne croit plus mais qui supplie,
Avec l’orgue sanglote au vent ;Et j’évoque au seuil de la porteLe vieil aveugle qui le porteSous l’abri glacé de l’auvent.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources