Le songe de l’amour, 1900
Paroles
Il est des vœux anciens dont le regret persiste :Le rêve d’autrefois qu’on voulait oublierNous revient plus craintif mais toujours familier,Aux soirs où, malgré nous, le bonheur même est triste.
Toute une âme de joie, éprise de fleurir,En nous éperdument frissonne et s’ouvre encore ;Et, de tout crépuscule espérant une aurore.Les désirs d’être heureux ne savent pas mourir.
Pourtant je ne veux pas qu’un doute vous effleureQu’importent ma tristesse et mon cœur anxieux !Vous m’êtes apparue au fond clair de vos yeux :Je n’ai jamais rêvé de caresse meilleure.
Ne craignez rien ! Si même, en leur obscur émoi,Mes désirs inquiets voulaient encor renaître,Je vous épargnerais le mal de les connaître.Je saurais me cacher de vous aimer pour moi.
Ma tendresse à vos pieds s’oublie et ne réclameQu’un peu moins d’amertume en vos regards déçus.A quoi bon vous crier mes deuils inaperçus ?Je ne veux pas troubler, mais consoler votre âme.
J’aimerai mon amour si de votre cheminJe disperse un moment les douleurs étrangères ;Mes paroles d’espoir se feront si légèresQue vous pouvez sourire et me donner la main.
Et, si parfois la route est vaine ou dangereuse,Vous trouverez en moi de fragiles appuis…Hélas ! j’aurai vécu mon rêve, si je puisSur votre front pâli mettre un peu d’ombre heureuse.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources