Le songe de l’amour, 1900
Reprise
Il faut que je l’oublie : elle-même l’ordonne.J’avais trop espéré de mon rêve et du sien ;J’ai fait ce que j’ai pu : je ne regrette rien ;J’essaierai de guérir, pour que je lui pardonne.
Un jour, prochain peut-être, en mon cœur apaisé,Une autre endormira ma peine encor méchante…Les femmes ont des mots dont notre âme s’enchante,Et sont douces au mal qu’elles n’ont pas causé.
Je ne dois plus vouloir que ma douleur retienneLes souvenirs épars d’un passé décevant.Ce soir, mon désir même est las d’être vivant.Je ne dois plus savoir qu’elle fut presque mienne.
Oh ! je ne pourrai pas tout de suite, à jamais,Effacer de mes yeux l’image coutumière !Et j’ai pitié de toi qui viendras la première,Car je me sens très loin d’aimer comme j’aimais.
Je garderai longtemps encor ma solitude,L’autre sera toujours l’absente ; mais je veuxRêver d’autres bonheurs, croire à d’autres aveuxEt goûter dans l’amour un peu de certitude !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources