Le songe de l’amour, 1900
Visite
HIER, je l’écoutais, sans presque lui rien dire,Et près d’elle, parmi les choses d’autrefois,J’étais triste en moi-même et jusqu’en mon sourireDu long désir mourant qu’éveille encor sa voix.
Grave, à peine changé, depuis qu’elle m’oublieEt détourne les yeux même de mon regret,Plus résigné peut-être en sa mélancolie.Son visage immobile avait un air secret.
Je n’y voyais plus rien des muettes penséesQu’autrefois son regard me donnait clairement ;Mais, au très vague effort des paupières baissées.J’y sentais malgré moi quelque chose qui ment.
Puisque je revenais, sachant ma servitude,Sans me plaindre, pourquoi me disait-elle ainsiDes mots indifférents d’une voix presque rude ?J’ai trop connu son cœur pour le croire endurci.
Lointaine et sans pitié dont ma douleur s’allège,C’est tout le rêve ancien qu’elle voulait punir,En poursuivant sur moi le triste privilègeQue j’ai d’aimer encore et de me souvenir.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources