Le songe de l’amour, 1900
Souvenirs
JE ne sais qu’aujourd’hui comme j’étais heureux ;La douceur de l’attendre emplissait mes journées ;J’avais chez moi des fleurs qu’elle m’avait données ;Mes souvenirs du jour, le soir, rêvaient entre eux.
Elle me racontait les choses de sa vie :Ce qu’elle a fait hier, ce qu’elle fait demain.Si bien que ma pensée, au long de son chemin,D’avance, en tous ses pas, l’avait déjà suivie.
J’étais l’ami tendre et fidèle en qui l’on croit.Je me disais que ma présence dans son âmeY mettrait la tiédeur paisible d’une flammeDans une chambre obscure au déclin d’un jour froid.
Et je me résignais tout bas, sans violenceJe trompais mon chagrin ; je ne voulais savoirQue le bonheur de lui sourire et de la voir,Et mon désir, près d’elle, espérait en silence.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources