Les vierges, 1890‑1894· Les extases
Détresse blanche
A mon Père.
PRÈS du feu, qui dans l’âtre agonise en tremblant,A travers les rideaux de claire mousseline,Elle sent que pénètre en son âme orphelineLe calme recueilli du paysage blanc.
Il a neigé ; les bruits sont ouatés de mystère ;Les horloges, au loin, semblent tinter un glas :L’avenir pressenti s’afflige en son cœur las,Dans les ressouvenirs du passé solitaire.
Le jour aussi décline, et le vent aux abois,Comme pour bercer mieux toutes ces agonies,Chuchote au creux des murs de vagues litanies,Où pleure le sanglot de la mer et des bois.
Et la Vierge, en son cœur fermé comme une tombe,Où n’a jamais fleuri que l’espoir de l’Amant,Sent un regret de vivre, et songe, vaguement,Que dormir serait doux sous la neige qui tombe.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources