Les vierges, 1890‑1894· Les extases
Correspondances
A Francisque Chantelouve.
LE vent s’éplore, avec des langueurs de supplique ;Le feuillage inquiet se heurte en sourds murmures…
On dirait la rumeur de lointaines armures,Qui fait rêver d’un Chevalier mélancolique.
Deux rais sanglants au bord du ciel se sont croisés ;L’horizon merveilleux frissonne de joyaux…
Telle, dans la splendeur de leurs espoirs royaux,Montait la croix mystique aux yeux clairs des Croisés.
Des brumes, dans le veut, s’enflent comme des voiles ;Mais l’ombre au loin s’affaisse, et le jour vain décline…
L’ombre ainsi tombait toute en Son âme orpheline,Tandis qu’errait la nef sur les flots sans étoiles.
Des cloches maintenant se recueillent vers Dieu,Prolongeant leur détresse en un funèbre glas…
Comme elles, vers Son rêve, avec tout Son cœur las,Le Chevalier s’épanche aux ferveurs de l’adieu.
Puis, plus rien. — Tout se tait dans l’ombre au reflet blême ;C’est le calme, après cet émoi du crépuscule ;Le passé, l’avenir, tout s’apaise et recule…
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources