Les vierges, 1890‑1894· Les extases
L’Exilée
A Gaston Ragcot.
ELLE rêve, là-bas, sous un ciel d’azur pâle,D’une met toujours calme au bord des sables d’or, —Pays de songe, où l’on vivrait comme on s’endort,Les yeux doucement clos vers l’horizon d’opale.
Loin du monde et de la bise au souffle méchant,Qui glacent jusqu’au cœur son pauvre sang débile,L’air serait tiède et le paysage immobile ;Mais des pêcheurs lointains la berceraient d’un chant.
Le soir tombe ; les bruits s’apaisent ; elle écoute ;Mais les couples chantants qui passent sur la routeS’exaltent vers l’amour en hymnes trop humains.
Son rêve a froid sous notre ciel, son corps grelotte…Tel, aux souffles du soir, sur le bord des chemins,Un frêle acacia frileusement tremblote.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources