Les vierges, 1890‑1894· Les extases
L’Espoir du Souvenir
A Philippe Sudre.
ELLE rêve un amour chaste et passionné :La brise serait lente et l’ombre solennelle…Il viendrait… Son approche éveillerait en elleLa très douce langueur d’un parfum suranné.
Il aurait les yeux clairs, tout fleuris d’espérance,Les mains jointes, comme les saintes d’un missel,Les lèvres sans aveu, closes, comme d’un scel,En leurs plis de mystère et de chaste ignorance.
Il viendrait, grave et lent, marcher à son côté,Parmi le trouble exquis d’un crépuscule tendre.Puis ses mains, doucement, s’ouvriraient pour s’étendreEn un geste d’extase et de sérénité.
Et tous deux, s’éveillant alors comme d’un songe,Pleins de la même attente, alanguiraient le pas…Mais leur lèvre, en s’ouvrant, ne se parlerait pas,Pour sauver leur baiser du doute et du mensonge !
Et, dans l’ombre, où leurs bras seraient forts pour s’unir.Vainqueurs.divinisés du Temps qui les oppresse,Ils sentiraient, dans l’inconnu de leur caresse,Fleurir en eux l’éternité du Souvenir.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources