Les vierges, 1890‑1894· Les extases
L’Adieu
A Claude Cobendy.
UN pur rayon s’attarde aux blancheurs de ses voiles,Comme un suprême adieu du jour qui va mourir.C’est l’heure, hélas ! qu’elle rêvait pour s’entr’ouvrir ;Et les baisers du soir vont fleurir en étoiles.
Il est là qui s’approche et lui parle tout bas,Avec des mots très doux, où le cœur s’emprisonne…D’où vient donc qu’elle a peur, d’où vient qu’elle frissonne,Et que les cieux promis se referment là-bas ?…
Voici luire à son doigt l’anneau des fiancées-,Son front s’incline au poids du mystique oranger ;Et sa langueur se berce en un parfum léger,Que le soir fait éclore aux branches caressées.
Elle écoute, inquiète en son ravissement,Toute pâle et, comme une fleur, tremblant d’éclore.,Et les Vierges, là-bas, dont elle est sœur encore,Avec des mains d’adieu, s’éloignent lentement.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources