Les vierges, 1890‑1894· Les extases
Vierge morte
A René Salomé.
DANS la chambre inquiète où traînent des sanglots,Dans la chambre de vierge où sa grâce était née,Elle s’est endormie, en sa quinzième année,Les mains jointes, les yeux éternellement clos.
L’âme éparse des fleurs, berceuse d’insomnie,Monte, en un vague adieu, des calices défunts.Elle a voulu mourir au milieu des parfums,Dont les chastes douceurs calmaient son agonie.
Un soupir vient des bois qui s’effeuillent ; un glasPleure au loin sa douleur lentement monotone ;Et le jour va s’éteindre au pâle ciel d’automneQu’à l’horizon le soleil mort teinte en lilas.
C’est l’heure où les appels chantent dans l’ombre amie ;Et les vierges, rêvant de tendresse et d’espoir,Ouvrent leur âme heureuse aux caresses du soir…En sa quinzième année, elle s’est endormie.
Calme et blanche, dans la blancheur des draps roidis,Sur le lit sans frissons qu’étoile un pâle cierge,Elle sourit encore à son rêve de vierge,Au chuchotement sourd des vains De profundis.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources