Les vierges, 1890‑1894· Les extases
Sous le Voile
A Gustave Bergeret.
BELLE de ses yeux purs comme un lac sans frissons,En sa bonne pitié de toutes nos misères,Elle passe, égrenant la ferveur des rosairesSur les vaines amours, dont nous nous caressons.
Elle a placé plus haut son extase infinie.Dédaignant la splendeur de son corps radieux,Elle a voué sa vie aux suprêmes adieux,Près des lits sans espoir qu’assiège l’insomnie.
Elle se penche un peu, comme un ange réel ;Ses yeux luisent dans le mystère de ses voiles ;Et les agonisants, croyant voir deux étoiles,Avec leur cœur d’enfant, se souviennent du ciel.
On dirait que leur âme inquiète se traîneAutour d’elle, qui la recueille chastement ;Chaque pleur s’éternise en un pur diamant,Dans l’écrin toujours prêt de sa bonté sereine.
Et, quand leurs yeux éteints viennent de se fermer,Saintement prosternée au chevet mortuaire,Elle cache en son cœur, comme en un sanctuaire,Le rêve triste et doux qu’ils auraient pu l’aimer.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources