Dans Les Brandes, 1877
La promenade champêtre
Mai, le plus amoureux des mois,Fleurit et parfume les haies.Allons-nous-en dans les chênaies,Égarons-nous au fond des bois !Cherchons la source et les clairières,Dormons à l'ombre du bouleau ;Un bon soleil ami de l'eauSourit aux flaques des carrières.
Et tous deux nous nous enfonçonsDans la campagne ! et, champs, prairies,Brandes, mares et métairiesTout ça rêve entre les buissons.Intrigués par notre costume,Les bœufs, avec un œil dormantNous considèrent gravementEn léchant leur mufle qui fume.
Mélancolique et cher pays,À nous tes petites auberges,Ta Gargilesse humble et tes bergesSi pleines d'ombre et de fouillis !Nous deux nous sommes les touristesFamiliers de tes casse-cou,Et nous adorons le coucouQui pleure dans tes bois si tristes.
— Traversons la cour du fermier :Au fond, le chien dort sous un frêne,Lentement un crapaud se traîneHorrible et doux sur le fumier.Ici, la cane barboteuseGlousse devant un soupirail ;Là, des bergers frottent leur ailSur une croûte raboteuse.
Tiens ! voici venir chevauchant,Assis sur des sacs de farine,Le grand Pierre à qui MathurineSonge plus d'une fois au champ.Insoucieux, il se balance,Jetant sa voix claire à l'écho,Déhanché sur son bourriquot,Et tout rempli de nonchalance.
Angélique, au bord du lavoir,À genoux dans l'herbe et la mousse,Tape et tord le linge qui mousse.C'est tout un plaisir de la voir !Il sonne en vain le battoir jaune,Les grenouilles n'en ont pas peur.Dans une sereine torpeur,Elles songent au pied d'un aune.
Que nous font les terrains vaseuxPuisque chantent les pastourelles,Et qu'on peut voir dans les nids frêlesLe mystère des petits œufs ?La pente est rude, mais la rocheOù le pied se pose au hasardS'émeraude avec le lézard,Et voici que la Creuse est proche !
Là-bas, Margot jacasse avecAutant de feu qu'une dévote,Elle court, sautille et pivote,Hochant la queue, ouvrant le bec.Impossible d'être plus drôle !Elle danse, et va s'amusantD'un beau petit caillou luisant,Et d'un brin d'herbe qui la frôle.
Du fond des chemins oubliésOù notre semelle s'attache,Nous voyons la vieille patacheQui roule entre les peupliers.Quand les coups de fouets aiguillonnentLes pauvres chevaux courbatus,Sur les colliers hauts et pointus,Comme les grelots carillonnent !
Et la hutte en chaume terreux,Abri des petites bergères,Est au milieu de ses fougèresHospitalière aux amoureux.Dans un mystère délectable,Las de courir et de causer,Nous venons nous y reposer,Sur la paille qui sent l'étable.
Versification
- Forme
- 10 huitains (huitains)
- Rimes
- 10(abbacddc)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 huitains
- Mots à la rime
- a mois / bois masculine, classiqueb haies / chênaies féminine, classiquec clairières / carrières féminine, classiqued bouleau / l'eau masculine, classiquea enfonçons / buissons masculine, classiqueb prairies / métairies féminine, classiquec costume / fume féminine, classiqued dormant / gravement masculine, classiquea pays / fouillis masculine, classiqueb auberges / berges féminine, classiquec touristes / tristes féminine, classiqued casse-cou / coucou masculine, classiquea fermier / fumier masculine, classiqueb frêne / traîne féminine, classiquec barboteuse / raboteuse féminine, classiqued soupirail / ail masculine, classiquea chevauchant / champ masculine, non classiqueb farine / Mathurine féminine, classiquec balance / nonchalance féminine, classiqued l'écho / bourriquot masculine, non classiquea lavoir / voir masculine, classiqueb mousse féminine, classiquec jaune / aune féminine, classiqued peur / torpeur masculine, classiquea vaseux / œufs masculine, classiqueb pastourelles / frêles féminine, classiquec roche / proche féminine, classiqued hasard / lézard masculine, classiquea avec / bec masculine, classiqueb dévote / pivote féminine, classiquec drôle / frôle féminine, classiqued s'amusant / luisant masculine, classiquea oubliés / peupliers masculine, classiqueb s'attache / patache féminine, classiquec aiguillonnent / carillonnent féminine, classiqued courbatus / pointus masculine, classiquea terreux / amoureux masculine, classiqueb bergères / fougères féminine, classiquec délectable / l'étable féminine, classiqued causer / reposer masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dans Les Brandes, Poèmes Et Rondels, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, EDITEURS, 1883· numérisation poesies.net· Sources