Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dans Les Brandes, 1877

Le crapaud

Maurice Rollinat· 17 quatrains, octosyllabes, 68 vers

O vivante et visqueuse extaseAccroupie au bord des marais,Pèlerin morne de la vase,Des vignes et des bruns guérets,

Paria, dont la vue inspireDe l'horreur aux pestiférés,Crapaud, inconscient vampireDes vaches sommeillant aux prés ;

Infime roi des culs-de-jatteÉcrasé par ta pesanteur,Sombre forçat tirant la patteAvec une affreuse lenteur,

A toi que Dieu semble maudire,A toi, doux martyr des enfants,Le cœur ému, je viens te direQue je te plains et te défends.

Ton pauvre corps, lorsque tu bouges,Est inquiet et tourmenté,Et ce qui sort de tes yeux rouges,C'est une immense humilité.

Je t'aime, monstre épouvantable.Que j'ai vu grimpant l'autre soir,Avec un effort lamentable,Dans l'épaisseur du buisson noir.

Loin de l'homme et de la vipère,Loin de tout ce qui frappe et mord,Je te souhaite un bon repaire,Obscur et froid comme la mort.

Fuis vers une mare chargéeDe brume opaque et de sommeil,Et que n'auront jamais figéeLes yeux calcinants du soleil.

Qu'un ciel à teintes orageuses,Toujours plein de morosité,Sur tes landes marécageusesÉternise l'humidité ;

Pour que toi, le rôdeur des flaques,Tu puisses faire tes plongeonsDans de délicieux cloaquesFrais, sous le fouillis vert des joncs.

Dans la grande paix sépulcraleDe la nuit qui tombe des cieux,Lorsque le vent n'est plus qu'un râleDans les arbres silencieux,

Unis-toi sous la froide lune,Qui t'enverra son regard blanc,A la femelle molle et bruneBavant de plaisir à ton flanc !

Dans les nénuphars, jamais traîtres,Humez l'amour, l'amour béni,Qui donne aux plus horribles êtresLes ivresses de l'infini.

Et puis, chemine, lent touriste,De la mare au creux du sapin,En chuchotant ton cri plus tristeQue tous les mineurs de Chopin.

Rampe à l'aise, deviens superbeDe laideur grasse et de repos,Dans la sécurité d'une herbeOù ne vivront que des crapauds !

De l'hiver à la caniculePuisses-tu savourer longtempsL'ombre vague du crépusculePrès des solitaires étangs !

Puisse ta vie être un long rêveD'amour et de sérénité !Sois la hideur ravie, et crèveDe vieillesse ou de volupté !

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a extase / vase féminine, classiqueb marais / guérets masculine, classiquea inspire / vampire féminine, classiqueb pestiférés / prés masculine, classiquea culs-de-jatte / patte féminine, classiqueb pesanteur / lenteur masculine, classiquea maudire / dire féminine, classiqueb enfants / défends masculine, classiquea bouges / rouges féminine, classiqueb tourmenté / humilité masculine, classiquea épouvantable / lamentable féminine, classiqueb soir / noir masculine, classiquea vipère / repaire féminine, classiqueb mord / mort masculine, classiquea chargée / figée féminine, classiqueb sommeil / soleil masculine, classiquea orageuses / marécageuses féminine, classiqueb morosité / l'humidité masculine, classiquea flaques / cloaques féminine, classiqueb plongeons / joncs masculine, classiquea sépulcrale / râle féminine, classiqueb cieux / silencieux masculine, classiquea lune / brune féminine, classiqueb blanc / flanc masculine, classiquea traîtres / êtres féminine, classiqueb béni / l'infini masculine, classiquea touriste / triste féminine, classiqueb sapin / Chopin masculine, classiquea superbe / herbe féminine, classiqueb repos / crapauds masculine, classiquea canicule / crépuscule féminine, classiqueb longtemps / étangs masculine, classiquea rêve / crève féminine, classiqueb sérénité / volupté masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dans Les Brandes, Poèmes Et Rondels, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, EDITEURS, 1883· numérisation poesies.net· Sources