Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
Changement de séjour
Marécage moral de spleen et d’atonie,Que réfléchit mon cœur dont il est le miroir,Ce croupissant séjour m’embourbe dans le noirPar la visqueuse horreur de sa monotonie.
D’un espace et d’un gîte exécrables caveaux,Asiles nourriciers du deuil et de l’angoisse,Allons ! que mon esprit s’arrache et se dépoisseDans le bain radieux des horizons nouveaux.
Il part ! il va filer des rêves ébahisAu surgissement neuf des villes, des campagnes,Et par tous les chemins des mers et des montagnes,Il changera d’humeur en changeant de pays.
Certes en lui déjà couve un autre individu,Ce « moi » qu’il fuit s’égare et s’est presque perdu.Il le sent au progrès du calme qu’il éprouve.
Hélas ! peut-il tromper cette voix qui lui dit :Devant cet univers, confesse donc, maudit,Qu’à toute heure et partout ton vieux cœur se retrouve.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources