Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
La poussière
Par le rêve magique à toute heure hanté,L’esprit lit l’avenir dans son présent moroseEt sachant évoquer l’être à travers la choseVit le symbole autant que la réalité.
Sur une route ardente, aveuglé de lumière,A pas lents, devant moi, j’allais sans savoir où,Lorsqu’un grand vent de feu s’éleva tout à coupChassant par tourbillons des brouillards de poussière.
Ma pensée à l’instant fit s’animer l’emblème,Et je vis tellement dans cette chose blême,La cendre où tôt ou tard aboutira mon sort,
Que sous l’impondérable et voltigeante masseJe me sentis seul vivre au milieu de l’espace,Palpablement cerné par tout un peuple mort.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources