Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
L’ennui de la terre
La terre est à la fois âme et corps, tête et ventre,Du monde entier elle est le gouffre et le trésor,Immuablement tout en sort,Immuablement tout y rentre.
Cœur noir de l’infini, son réservoir, son centre,Elle pompe le ciel dont son œuvre est le chantre,Fait de la vie avec la mort,Crée arome, couleur, bruit, mouvement, essor.
Mais avec ses rochers, ses végétaux, ses villes,Tant de formes nobles et viles,Elle couve en secret son monotone ennui
De rester à jamais semblable et solitaire.Étalant un dessus toujours même produitD’un dessous fécondé par le même mystère.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources