Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
Le blasé
Celui-là traine en lui le cauchemar de vivreQui, repu de son être, avec un œil fatalTrouvant à chaque jour un monotone égal,Sent la satiété l’étreindre et le poursuivre.
Clairvoyant du dégoût surtout quand il est ivre,Il suppute anxieux le terme de son malMais, n’osant se tuer, il attend machinalQue la mort naturelle à la fin le délivre.
De quelle frissonnante et haineuse manièreIl voit tous les matins refiltrer la lumière.Pâle, assis dans son lit, droit contre l’oreiller,
Il murmure tout bas en l’horreur de son âme :– Me voilà rengrené dans l’existence infâmeAh ! si j’avais donc pu ne pas me réveiller !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources