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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fin d’œuvre, 1919· Poésies anciennes

Le vin

Maurice Rollinat· 56 vers

Analysant toujours le réel et le rêve,Creusant tout,Mon esprit inquiet est malheureux sans trêveEt partout.

Je souffre, c’est pourquoi pour noyer mon déboireDétesté,Dans les estaminets quelquefois je vais boireAu Léthé,

Dans l’ivresse étreignons la femme, ce fantômeQui nous ment,Et regardons le ciel avec nos yeux d’atomeFièrement.

L’homme change, en buvant le jus sanglant des treilles,D’horizon.Gloire aux vignes ! je veux perdre au fond des bouteillesMa raison.

Il faut que mon œil brille et que mon cerveau flambeEt je veuxQu’un bachique frisson coure en moi, de la jambeAux cheveux !

Le Paradis perdu, le buveur le retrouveRose et bleu,Et le poète pauvre en qui l’ivresse couveS’y croit Dieu !…

Sur vos hamacs de feu bercez-moi, liqueurs fortes,Sans remordsAvec vous j’oublierai mes illusions mortesEt la mort.

Je croirai que la vie éternellement dure,Et qu’enfinLe paria vengé peut braver la froidureEt la faim !…

Je croirai l’homme juste et la femme fidèle,L’enfant pur ;Et ma sérénité montera d’un coup d’aileDans l’azur !

La nature, grand sphinx qui raille et désespèreL’œil humain,Me prendra doucement comme une tendre mèrePar la main ;

Je saurai ce que dit la racine des arbresAux grands socs ;J’entendrai battre un cœur dans le poitrail des marbresEt des rocs.

Je serai plus poète, et mes fougueux déliresNuit et jour,Dans mes vers ciselés feront chanter les lyresDe l’amour !

De l’amour éternel, illusion sacrée,Feu si cher,Incendiant, avec sa flamme qui procrée,Notre chair.

Et bien loin du Réel qui nous fait les esclavesDu malheur,Mon cerveau crachera, comme un volcan ses laves,Sa douleur !

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources