Fin d’œuvre, 1919· Poésies anciennes
Les cheveux chatain-cendrés
Tes cheveux châtain-cendrés,Rends-les moi ! rends-moi, mon Ève !Leurs frissons idolâtrés.
Rôdeurs des murs éventrésEt des ifs dont la peau crèveTes cheveux châtain-cendrés.
Me suivaient au fond des prés !J’avais quand le jour s’achèveLeurs frissons idolâtrés !…
Dans les vieux parcs délabrésFleurant la mousse et la fève,Tes cheveux châtain-cendrés
Rendaient mes doigts enivrés !…J’aspirais – langueur trop brève !…Leurs frissons idolâtrés…
Je les revois encadrésPar des buissons pleins de sèveTes cheveux châtain-cendrés !…
Oh ! je les ai savourésSur les pics et sur la grèveLeurs frissons idolâtrés !
Loin des hommes abhorrésTout mon cher passé se lève !Tes cheveux châtain-cendrés
Que j’ai tant subodorésÉparpillent dans mon rêveLeurs frissons idolâtrés !…
C’est pourquoi mes yeux navrésPartout, les cherchent sans trêveTes cheveux châtain-cendrés,O frissons idolâtrés !…
31 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources